Interview de Frédéric LEMAÎTRE
Q - Quelle est votre analyse, en tant qu’ancien dirigeant de la première agence de communication financière française et entrepreneur dans les technologies de l’information financière, de l’évolution actuelle des marchés financiers ?
F.L - La volatilité des marchés devient complètement incohérente et cela est dû à deux raisons principales.
Premièrement, Le capital des entreprises cotées est trop concentré dans les mains des grands investisseurs institutionnels. Et cela est extrêmement préoccupant car ils raisonnent tous de la même manière et agissent tous dans le même sens et au même moment.
Deuxièmement, les critères de mesure de la création de valeur des entreprises, utilisés aujourd’hui, doivent évoluer pour intégrer des critères non strictement financiers et adaptés aux spécificités de chacun de leur métier. D’où la nécessité impérative d’adopter une nouvelle approche de la mesure des performances et de la communication financière des entreprises. C’est ce qu’explique fort bien, par exemple, une étude réalisée par PriceWaterhouseCoopers qui s’intitule : « The Value Reporting Revolution », sur laquelle je reviendrai plus tard.
Q - Quelles sont alors les solutions ?
F.L - En fait, il y a des réponses simples et de bon sens pour répondre au problème de la volatilité des marchés.
D’une part, les entreprises cotées ne doivent pas hésiter à développer un actionnariat individuel et salarié large et puissant, voire majoritaire à moyen terme.
Lorsque les particuliers auront compris qu’il n’y a pas de meilleurs investisseurs qu’eux-mêmes, grâce à tous les outils qui sont disponibles sur le net, et les entreprises qu’il n’y a pas de meilleur actionnaire que l’actionnaire individuel et salarié les choses iront mieux, beaucoup mieux même.
Je peux vous assurer que les cours de tant de belles sociétés n’auraient pas connu de telles descentes aux enfers, au pire moment de la crise boursière, si leur capital avait été, en majorité, détenu par des actionnaires individuels et salariés.
Aujourd’hui, les entreprises n’ont plus l’excuse du coût prohibitif de gestion d’un actionnariat individuel large et diversifié, ce qui était, sans aucun doute, auparavant, un frein.
En effet, avec le développement d’internet, les coûts de gestion d’une base d’actionnaires individuels, même particulièrement large, deviennent, chaque jour qui passe, de plus en plus dérisoire, au fur et à mesure que l’internet haut débit se développe.
Imaginez, dès aujourd’hui, avec un nombre d’actionnaires internautes en croissance régulière (d’ores et déjà, s’il y a une population qui utilise internet pour s’informer, c’est bien celle des actionnaires individuels, quelque soit leur âge) les gains fantastiques que vous pouvez engranger en diminuant les coûts d’envoi des documents destinés aux actionnaires, en utilisant l’e-mail, par exemple. Et ceci pour le plus grand bénéfice des actionnaires qui reçoivent, ainsi, l’information en temps réel, dès qu’elle est disponible.
C’est pourquoi, désormais, les entreprises ont une formidable opportunité de développer une relation directe, facile et surtout peu coûteuse avec leurs actionnaires individuels, qu’ils soient 1.000, 10.000, 100.000,1.000.000, régionaux, nationaux, ou internationaux. Je leur dis « allez-y », c’est la premier pas vers des marchés plus calmes et plus sereins. C’est, d’ailleurs, ce qui m’a incité à créer la plate-forme relationnelle FD Solutions qui relie les actionnaires aux sociétés cotées.
Ensuite, les entreprises cotées doivent adapter leur communication financière à leur vision stratégique, expliquer leur modèle économique et délivrer aux actionnaires une information utile et fiable de façon quasi continuelle (on comprend, alors, encore mieux l’intérêt stratégique d’internet !), ce qui les rendra nettement moins dépendante des rumeurs et des données purement financières à court terme trop utilisées de nos jour, comme les résultats trimestriels.
C’est l’objet de l’étude « The Value Reporting Revolution » que je citais plus haut.
En quelques mots, pour la résumer, le modèle proposé est organisé autour de 4 chapitres : la vision qu’a l’entreprise de son marché, de son positionnement concurrentiel - les objectifs stratégiques de l’entreprise et les moyens mis en œuvre pour les réaliser - les indicateurs financiers choisis pour mesurer la création de valeur, les objectifs et les benchmarks pour les comparer - et les indicateurs non financiers de la création de valeur, permettant d’apprécier le développement des avantages concurrentiels.
Le défi pour les entreprises est, alors, de rendre toute cette information compréhensible par tous. Et cela devient un problème de communication.
Q - Est-ce, pour vous, la meilleure réponse ?
FL - Oui je le pense. Si les entreprises décident de s’engager dans cette voie, vous verrez les résultats arriver très vite et les marchés devenir progressivement plus raisonnables.
En résumé, combattre la volatilité des marchés c’est s’atteler, avec courage et détermination, à engager et réussir une triple révolution : la révolution de l’actionnariat individuel et salarié, la révolution de l’internet en tant qu’outil majeur dans la relation investisseurs et actionnaires, et la révolution de l’analyse financière pour une nouvelle mesure de la création de valeur par les entreprises.
Il reste une 4è révolution à mener à bon terme : valoriser l’image financière des entreprises en fonction de cette nouvelle donne.
lundi 4 juin 2007
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